Agressions

Observer dans la durée les agressions

Parmi toutes les délinquances, les agressions constituent la matière la plus sensible, celle qui soulève le plus de controverses, d’initiatives politiques et législatives. C’est malheureusement aussi celle où la mesure de l’évolution est la plus malaisée.

La responsabilité en incombe aux multiples modifications qu’ont subies les mesures ces dernières années. Outre les problèmes méthodologiques communs à toutes ces observations des délinquances dans la durée (cliquer difficultés, choix méthodologiques), les agressions posent des problèmes spécifiques (cliquer un champ de mines méthodologiques ).

C’est donc à travers ces multiples difficultés qu’il va falloir tenter d’évaluer l’évolution des agressions. Pour cette délinquance si sensible plus que pour n’importe quelle autre, il est pourtant crucial de ne pas rester prisonnier d’observations de court terme et sans point de comparaison qui permettent de justifier n’importe quelle assertion de sens commun.

On verra successivement :

  • l’homicide est rare;
  • les agressions physiques non mortelles oscillent autour du même ordre de grandeur;
  • peut-on mesurer l’évolution des agressions sans contact physique ?;

 

1. L’homicide est rare

Figure 1 : Homicides volontaires, taux pour 100 000 habitants, 1971-2019

Sources : SSM-SI, Inserm-CepiDc           Champ : France métropolitaine

L’homicide volontaire se situe actuellement à un niveau très bas (pour lire la suite, cliquer ici).

 

2. Les agressions physiques non létales restent dans le même ordre de grandeur

Figure 2 : Agressions physiques non létales (prévalences dans différentes enquêtes-1984-2018)

Sources : CESDIP, INSEE, IPR      Champ : variable selon les enquêtes

S’il est possible que cette victimation ait crû entre le milieu des années 1980 et le milieu de la décennie suivante1, en tous cas elle oscille depuis sans marquer aucune tendance claire à l’augmentation ou à la baisse : en 2015-16 comme en 1994-95, on se retrouve autour de 3 % d’agressé (pour lire la suite, cliquer ici).

Ceci dit, l’agression physique couvre une vaste gamme d’incidents allant du simple coup de poing à la blessure. Qu’en est-il de l’évolution des cas les plus graves ?

Figure 3 :  Agressions physiques caractérisées (prévalences dans différentes enquêtes 1984-2018)

Sources : CESDIP, INSEE, IPR         Champ : variable selon les enquêtes

 

Le périmètre des victimes est alors à la limite de ce qui est statistiquement observable, entre un et deux dixièmes de points. À ce niveau, on ne peut guère gloser sur des évolutions, simplement relever l’étiage où l’on se situe (pour lire la suite, cliquer ici).

Si l’élargissement continu de la définition du délit de coups et blessures volontaires rend impossible le recours aux statistiques de police pour estimer l’évolution des agressions physiques caractérisées[1], on peut néanmoins tenter une comparaison pour l’ensemble des violences physiques : dans ce cadre plus large, l’effet de l’inflation législative sera peut-être moins sensible. Il ne faut pas se dissimuler toutefois que la validité de cette source est devenue très fragile quand il s’agit d’estimer l’évolution de la violence (pour lire la suite, cliquer ici).

 

Figure 4 : Agressions physiques non létales (enquêtes et statistiques de police, en milliers 1984-2018)

Sources : CESDIP, INSEE, SSM-SI         Champ : France métropolitaine

 

Au total, aucun indicateur crédible ne plaide en faveur d’une croissance significative des violences physiques, en tous cas depuis le milieu des années 1990 : on ne dépasse jamais 3% d’agressés et 5% d’agressions par période de deux ans.

 

3. Les agressions sans contact physique

Quand on demande aux enquêtés s’ils ont été agressés, on relève qu’une grande partie des réponses ne correspondent pas à une agression physique, qu’il n’y a eu ni blessures ni coups. Il peut alors s’agir de menaces, d’attitudes menaçantes, de racket, voire même de vol de force réduit à un simple arrachage sans autre violence. Il est utile d’évaluer leur évolution dans la mesure où ils peuvent témoigner d’une violence de basse intensité qui traduit une rugosité sociale, une difficulté de coexistence. Mais l’interrogation demande un certain savoir-faire pour ne pas risquer d’inciter l’enquêté à chercher des cas qu’il n’aurait pas classé spontanément parmi les agressions mais qu’il va extirper de sa mémoire pour satisfaire l’enquêteur qui l’interroge en détail sur les menaces, les injures… (pour lire la suite, cliquer ici)

Figure 5 : Agressions sans contact physique (prévalences dans différentes enquêtes 1984-2018)

Sources : CESDIP, INSEE, IPR     Champ : variable selon les enquêtes           Note de lecture : la barre en petits tirets indique la modification de la formulation de la question dans l’EPCV

 

Figure 6 :Agressions sans contact physique (enquêtes et statistiques de police, en milliers – 1984-2018)

Sources : CESDIP, INSEE, SSM-SI         Champ : France métropolitaine

 

Malgré la disproportion entre les deux sources, retenons que la statistique policière indique une croissance continue. Jusqu’au milieu de la dernière décennie, ce mouvement était parallèle à celui indiqué par les enquêtes, dont il traduisait la tendance sinon l’ordre de grandeur. Au contraire, on ne retrouve pas cette similitude d’allure dans les données les plus récentes. Faut-il en déduire que l’ancienne cohérence entre les deux sources a désormais disparu ? (pour lire la suite, cliquer ici).

 

Conclusion

Il est particulièrement malaisé d’estimer l’évolution des agressions sur le long terme.

Tout se passe en effet comme si les différentes sources avaient été soumises à des distorsions qui visaient toujours à tenter de trouver le plus de violences possible[2].

            Malgré ces difficultés, on peut conclure

  • que (hors attentats terroristes) l’homicide se trouve actuellement à un étiage,
  • que les victimes d’agressions physiques oscillent depuis le milieu des années 1990 dans le même ordre de grandeur, entre 2,5 et 3 % sur 2 ans,
  • que la violence sans contact physique a crû régulièrement jusqu’au milieu de la première décennie du siècle, mais qu’on ne peut pas se prononcer sur l’évolution ultérieure.

Pour afficher l’ensemble de la fiche Observer dans la durée les agressions (pdf), cliquer ici. 

 

Pour les problèmes méthodologiques communs à toutes ces observations dans la durée des délinquances, cliquer ici.

 

Références

Robert Ph., Zauberman R., 2011, Mesurer la délinquance, Paris, Presses de Sciences Po.

Robert Ph., Zauberman R., Jouwahri F., 2013, Délinquance et action publique: les illusions d’un diagnostic, Politix, 26, 1, 219-245.

Van Dijk J.J.M., 2009, Approximating the truth about crime. Comparing crime data based on general population surveys with police figures of recorded crime, in Robert Ph., Ed., Comparing Crime Data in Europe. Official Crime Statistics and Surveys Based Data, Brussels, VUBPress, 13-49.

Rosenfeld R., 2007, Explaining the divergence between UCR and NCVS aggravated assault trends, in Lynch J.P, Addington L.A., (eds.), Understanding Crime Rates. Revisiting the divergence of the NCVS and the UCR, NY, Cambridge U.P., 251-268.

 

Notes

[1] Quand on tente quand même d’y procéder (p. ex. Robert, Zauberman, 2011, 82), on observe des résultats absurdes : des données policières qui dépassent de plus en plus les données d’enquêtes, comme si les institutions pénales enregistraient plus d’agressions que n’en ont subi les agressés.

[2] Tant Jan van Dijk (2009, 41) pour l’Europe que Richard Rosenfeld (2007) pour les États-Unis ont relevé cette tendance contemporaine au surengistrement de la violence. Pour une analyse dans le cadre français, voy. Robert & al., 2013, 101