Sentiment d’insécurité

Observer dans la durée le sentiment d’insécurité

 Avant tout, il faut rappeler que le sentiment d’insécurité n’est pas une dimension simple que pourrait traduire un indicateur unique. On peut se le figurer comme un continuum. L’une des extrémités est très liée à l’exposition concrète (de soi ou des siens) à la délinquance. Elle constitue une sorte de réaction – on parle toujours de peur, mais il peut s’agir de colère, voire tout simplement de vigilance – à cette exposition. L’autre extrémité de l’insécurité est moins liée à l’expérience ou à l’exposition au risque délinquant. Moins expérientielle, elle est plus expressive : ces crispations sécuritaires sont une manière d’exprimer une préoccupation qui se cristallise sur la criminalité mais qui la dépasse largement[1].

            Les nombreuses publications françaises sur l’insécurité s’appuient rarement sur des données et appartiennent plutôt au genre des essais. Il existe pourtant des données ; si elles pâtissent souvent de l’instabilité des questions posées dans les enquêtes, au moins présentent-elles l’avantage de tenir compte de la diversité des aspects du sentiment d’insécurité.

 

I. Les peurs

Cet aspect de l’insécurité varie selon les situations et les circonstances ; on ne peut en parler qu’au pluriel, en multipliant les indicateurs.

1. La peur au domicile

Figure 1 : Évolution des peurs au domicile (%), 1996-2019

Sources : INSEE, IPR, CESDIP                                                                              Champ : variable selon les enquêtes

Depuis au moins le début du siècle, la peur au domicile reste toujours à peu près dans le même ordre de grandeur qu’il s’agisse de la France métropolitaine ou de l’Île-de-France (pour lire la suite, cliquer ici).

 

2. La peur dans son quartier

Figure 2 : Évolution de la peur dans le quartier (%), 1996-2019

Sources : INSEE, IPR, CESDIP                                                                          Champ : variable selon les enquêtes
Note de lecture : la barre en traits discontinus indique un changement important dans la formulation de la question de l’enquête nationale.

 Ceux qui avouent avoir souvent ou quelquefois peur dans leur quartier restent toujours dans un ordre de grandeur modeste. Contrairement à la peur au domicile, celle dans le quartier se situe dans des ordres de grandeur plus élevés en Île-de-France mais également dans la métropole lyonnaise – donc dans des régions très urbanisées – que dans l’ensemble de la France métropolitaine, d’autant qu’il faudrait encore ajouter ceux qui ont déclaré avoir trop peur pour sortir seul le soir (pour lire la suite cliquer ici).

 

3. La peur dans les transports en commun

Figure 3 : Évolution des peurs dans les transports en commun en Île-de-France (%), 2001-2019

Source : IPR                                                                                        Champ : Île-de-France

La comparaison de ces scores avec ceux présentés précédemment montre l’importance de l’insécurité dans les transports en commun (pour lire la suite, cliquer ici).

 

4. La peur pour les enfants

Figure 4 : Évolution des peurs pour les enfants en Île-de-France (%), 2001-2019

Source : IPR                                                                              Champ : Île-de-France

Un des résultats majeurs des enquêtes régionales et locales a été la découverte de l’importance des peurs pour les enfants; en tous cas dans des zones très urbanisées (pour lire la suite, cliquer ici).

 

II. L’insécurité dans le voisinage

Figure 5 : Évolution du sentiment d’insécurité dans le voisinage en France, 1996-2019

Source : INSEE                                                                                                 Champ : France métropolitaine

Une petite minorité – entre 10 et 12% – dont l’ordre de grandeur ne change guère au cours de la période observée, présente l’insécurité ou la délinquance comme le problème majeur de son environnement immédiat. Les dernières enquêtes suggèrent qu’on reste dans l’ordre de grandeur qui caractérise toute la période. (pour lire la suite, cliquer ici).

 

III. La préoccupation sécuritaire

Figure 6 : Évolution des préoccupations (%) en France et Île-de-France, 2001-2019

Sources : INSEE, IPR                                                                                  Champs variable selon les enquêtes

Les CVS demandent aux enquêtés de choisir dans une liste le problème le plus préoccupant dans la société française. Sur la période observée, la domination du chômage est écrasante ; quant à la délinquance, elle vient derrière la pauvreté. Toutefois, depuis 2015, la montée fulgurante de l’inquiétude suscitée par le terrorisme a entraîné un repli relatif des autres sujets de préoccupation. Cette évolution est due à la forme de la question qui oblige à choisir le problème le plus préoccupant (pour lire la suite, cliquer ici).

Les enquêtes franciliennes indiquent une forte liaison de la préoccupation sécuritaire avec l’autopositionnement politique (figure 7) ; dans toutes les campagnes de 2001 à 2019, la proportion de ceux qui mettent la délinquance au premier rang est plus forte que la moyenne régionale chez les enquêtés qui se classent à droite et beaucoup plus forte chez ceux qui se situent à l’extrême-droite.

Figure 7 : Préoccupation sécuritaire et autopositionnement politique – Île-de-France – 2001-2019

Source : IPR                                                                    Champ : Île-de-France

 

IV. Les profils des insécures

Pour caractériser le profil des insécures, nous allons travailler sur l’empilement des enquêtes Cadre de vie et sécurité (CVS) de l’INSEE. Nous chercherons en quoi leurs caractéristiques se singularisent par rapport à celles de l’ensemble de l’échantillon, en nous attachant successivement aux différentes facettes qui viennent d’être analysées, du moins à celles qui reposent sur des données tirées des enquêtes CVS.

L’insécurité personnelle au domicile est très fortement genrée, avec une surreprésentation féminine accentuée. Elle est aussi, à un moindre degré, marquée par l’âge (surreprésentation des plus de 60 ans et des retraités). On y observe aussi une surexposition liée à certains traits de vulnérabilité.

Parmi ceux qui se sentent en insécurité personnelle dans leur quartier, on trouve à nouveau une surreprésentation des femmes, quoique moins accentuée que dans le cas précédent, mais cette fois-ci, ce sont les moins de 30 ans qui sont plus affectées. La surreprésentation des petites classes moyennes des employés s’accompagne cette fois de celle des élèves et étudiants. La surexposition des villes de plus de 100 000 habitants est particulièrement avérée dans l’agglomération parisienne.

L’insécurité dans le voisinage affecte particulièrement des urbains, notamment dans l’agglomération parisienne.

Faisant brutalement contrats avec les enquêtés qui se sentent en insécurité personnelle, ceux qui classent l’insécurité liée à la délinquance au premier rang des problèmes de société présentent peu de spécificités sociodémographiques, si ce n’est la faiblesse de leur capital scolaire. Cette préoccupation sécuritaire est en revanche très marquée par des choix idéologiques, comme le montre la forte corrélation avec l’auto-positionnement politique (pour lire la suite, cliquer ici)

 

Pour afficher l’ensemble de la fiche Observer dans la durée le sentiment d’insécurité (pdf), cliquer ici.

 

Référence

Robert Ph., Zauberman R., 2017, Du sentiment d’insécurité à l’État sécuritaire, Lormont, Éditions du Bord de l’eau.

Notes

[1] Robert, Zauberman, 2017.